MACHINE INTERVIEW
Cette interview a été faite à  Nevers (France), le 26 avril 2003

Ca fait déjà un petit moment que New Recovery est sorti, pourquoi avoir attendu si longtemps pour sortir Machine? Un poil de perfectionnisme pour cet album?
Morts de rire
Jean: Ce n'est jamais parfait.
Aziz: On se bat pour atteindre la perfection, mais.... rires
Jean: Ils nous a fallu trois ans pour s'améliorer un peu, je crois qu'il nous faudrait attendre encore bien dix ans pour sortir un disque parfait.
Aziz: Ouais, quelqu'un nous a demandé d'enregistrer le reprise de X qu'on joue sur scène. On a refusé. Je lui ai dit qu'on ferait cette reprise pour un 7" de reprises de X, mais pour en avoir une bonne version, il faudrait bien qu'on joue et répète pendant encore dix ans. Il faisait: "non, je la trouve géniale". Non, non, tu ne comprends pas mec.
Tjeerd: Peut-être que si tu es trop bourré... rires
Jean: On a complétement perdu le côté spontané de notre musique.
Aziz: La spontanéité a foutu le camp. Mais en fin de compte, trois ans n'est pas une si longue période si tu considères que pas mal de choses, pas mal de gens ont tourné autour de nous. La famille pour Jean. Ce n'est pas si long quand tu penses à ce qu'on a fait, à ce qui s'est passé. On devait partir en studio en novembre 2001 quand les Burning Heads nous ont appelé pour qu'on vienne les rejoindre sur le punky tour. C'est exactement à cette époque qu'on s'apprêtait en enregistrer cet album. On a décidé de partir en tournée avec les Burning, ce qui au final s'est révélé être une excellente idée parce qu'on a joué toutes ces nouvelles chansons sur scène. Ca nous était vraiment nouveau et spontané. Je crois vraiment que c'était une très bonne chose pour nous.
Jean: Cela nous a permis de nous rendre compte que c'était là de bonnes chansons, mais qu'on ne les jouait pas assez bien. Quand on est rentré de cette tournée, on a passé du temps à bosser dessus pour les jouer un peu mieux, et ça nous a pris quelques mois avant qu'on aille enregistrer.
Aziz: On a vraiment pris ça très au sérieux. On a décidé de ne pas retourner en studio tout de suite après la tournée, puisque nous avions prévu d'enregistrer pendant les dates du punky tour. On a décidé qu'on devait vraiment répéter et travailler ces morceaux pour les rendre meilleurs, et c'est alors, une fois qu'on les trouvait assez bons, qu'on est partis enregistrer Machine. On n'avait plus d'obligations envers quiconque. Depuis New Recovery et cet album, il n' y a plus de pressions des labels du genre: "Vous devez sortir un disque maintenant!!". Tout le monde adorait ce avec quoi on arrivait. Travailler sur Machine, c'était génial dans ce sens, c'était vraiment le disque sur lequel on a eu le moins de pression. Peut-être cela le fait-il sonner différemment, je ne sais pas, mais j'ai beaucoup apprécié.

Vous disiez que la route vers New Recovery était longue et ennuyeuse, était-ce là la même chose pour Machine?
Jean: C'était moins chiant, parce qu'on a du plus bosser les morceaux. C'est quand on est revenu de la tournée avec les Burning qu'on s'est dits qu'il fallait jouer ces chansons mieux qu'on ne le faisait. On devait aimer ce que nous jouions. New Recovery était différent, c'était chiant, parce qu'on répétait...
Aziz: Mais personne ne savait pourquoi...
Jean: On voulait que ce soit mieux, mais on ne savait pas comment y arriver, on ne savait pas ce qu'on faisait.
Aziz: Certaines personnes dans le groupe ne savait pas pourquoi. Ils étaient: "Je n'en ai plus rien à foutre de cette muisque". Surtout Pepijn (ex-batteur), il voulait déjà quitter le groupe un an auparavant, on lui a dit: "Tu joues dans ce groupe depuis maintenant dix ans, tu peux jouer cette musique, c'est peut-être juste un creux, réfléchis-y plus longtemps ". Un an plus tard, il est revenu: "Non, les mecs, je ressens toujours la même chose". Il nous a quitté tout de suite après l'enregistrement de New Recovery, Pepijn n'a pas fait la tournée de New Recovery avec nous. Tjeerd l'avait déjà remplacé. Mais c'est bien qu'il ait pris cette décision avec nous, qu'il ait décidé de rester un an de plus. On l'a au fond forcé à rester alors qu'il souhaitait partir déjà un an plus tôt. On lui a dit non, que ce disque allait être une tuerie. C'est quelque chose que je ressentais, que ce disque serait vraiment complet, que j'aurais aimé jouer dessus. Certaines chansons sont des morceaux que je pourrais mettre sur une compilation, certaines sont peut-être mes préférées. C'est la première fois que je ressentais ça. Ca n'avait jamais été le cas pour nous anciens disques. Les autres justement, c'était plutôt genre: "J'ai honte de comme on joue mal... " Ne le prends pas trop au sérieux, mais c'est un petit peu vrai quand même.

 

Mais c'était le mieux que vous puissiez jouer à l'époque...
Aziz: Ouais, ouais, c'était vraiment le mieux qu'on pouvait faire à l'époque à cause de notre incapacité à contrôler la musique que nous jouions. Ca nous fait parfois beaucoup réfléchir quand on regarde OIL jouer. Ces mecs sont des putains de gamins. Mais regarde-moi ces mecs, putain!!! (rires) On avait juste leur âge quand on a commencé à jouer avec NRA. Ils sont tellement plus en avance musicalement que nous ne l'étions à notre époque.
Jean: Je crois que la qualité dans la manière dont nous jouions alors n'était pas un problème, et ça fait mal de voir maintenant que c'est quelque chose qu'on négligeait. Ca fait vraiment mal parce qu'on pensait que c'était toujours suffisant comme ça. Maintenant quand on écoute tous ces vieux disques, on s'aperçoit que ce n'était pas assez bien joué. C'est ce dont on s'est rendus compte quand on préparait Machine. Ce n'était pas suffisament bien pour ce qu'on voulait faire. C'était vraiment la première fois qu'on s'en rendait compte. Ce n'était pas assez bien. Tu peux t'en apercevoir si tu écoutes tous nos disques d'avant Machine. Si tu prends Leaded, par exemple, j'aime les chansons, mais on joue vraiment comme des merdes... C'est vraiment mal joué, c'est vraiment mal joué.
Aziz: Quand on enregistrait ces albums, il fallait toujours que l'essentiel de l'enregistrement soit fait en un jour. On faisait tout notre possible pour enregistrer toutes les parties de guitares, de basses et de batterie en un jour. C'est ce qui s'est passé sur Leaded. Pour Machine, ça nous a pris deux semaines et demi. On a arrêté quand on s'estimait satisfait du résultat.

Pourquoi Sven a-t-il quitté NRA?
Aziz: Il ne m'a pas donné de raisons directement.
Jean: Il m'a simplement dit qu'il n'aimait plus jouer avec nous. Je lui ai répondu que ça ne pouvait pas être mieux que ça ne l'était alors. Je ne pouvais pas faire en sorte que ça l'amuse plus à l'époque.
Aziz: Ouais, si ça ne t'amuses pas de jouer avec nous, on ne peut rien faire pour que ça tu t'éclates plus..

Et vous pensez que ça vous a apporté quoi sur cet album de ne jouer qu'avec une seule guitare?
Aziz: Je crois que la chose la plus importante était que nous avions besoin de retourner à l'essentiel. A savoir écrire de bonnes chansons et faire en sorte que ça marche juste avec le minimum.
Tjeerd: C'est vraiment marrant, parce que si tu écris un morceau compliqué, que tu ne peux pas jouer parce qu'il est trop compliqué, mais si tu enlèves tout ce qui ne sers à rien sur le morceau et que tu n'arrive toujours pas à le jouer, ça ne pourra jamais marcher.
Aziz: C'est effrayant. Quand tu joues avec une seule guitare, quand tu joue avec Tjeerd à la batterie qui a un jeu très basique, tout devient vraiment simple. La musique est ramenée au punk-rock le plus essentiel. Putain, c'est vraiment effrayant parce que si ça part en couilles quelque part, ça devient un vrai désastre. Avant, on balançait un gros mur de son entre guitare, basse et batterie. Peu importe ce que tu jouais, peu importe si tu jouais comme une merde, c'était génial, ça sonnait terrible, c'était du punk-rock. A l'époque, on y prenait un pied terrible. On s'est vraiment éclatés à jouer ces morceaux et pas mal de gens aimaient ça. Mais c'est le passé et je ne veux pas qu'on joue de la même façon qu'il y a dix ans. C'est bien qu'on ait essayer de progresser un peu.

Qu'est-ce que vous pensez de Tjeerd à la batterie pour la compo de cette album?
Aziz: De toute évidence, on hait ce mec. On n'est pas satisfaits de son boulot, c'est un musicien de studio, il est trop payé pour ce qu'il fait... rires
Tjeerd: C'est marrant que vous n'ayez pas réussi à dégotter quelqu'un de meilleur que moi rires
Jean: On a perdu pas mal d'harmonies au niveau des guitares, en conséquence de quoi on a du beaucoup plus travailler les lignes de chant sur ce nouvel album. Le côté instrumental est très très basique, on est vraiment reparti vers l'essentiel. C'est quelque chose que je souhaitais faire sur un disque. Peut-être que pour le prochain disque, on reprendra un deuxième guitariste parce qu'on a d'autres choses en tête qu'on aimerait faire.

Jasper (Oil): Qui veut un autre gratteux?
Tous morts de rires

Aziz: On ne souhaite pas ressortir le même disque que Machine, de la même manière qu'on ne voulait pas refaire un New Recovery ou Leaded avec Machine. Ce qui est marrant, c'est que je garde de bons souvenirs de ces vieilles chansons. Tu veux toujours en jouer beaucoup, mais c'est si différent de ce qu'on fait maintenant. Ca allait à l'époque où on les a écrites, on pouvait les jouer, mais plus aujourd'hui. On ne veut pas être les UK Subs qui ont sorti un ou deux bons albums en 76 ou 77. Et ça fait 25 ans qu'ils partent en tournée chaque année. Je respecte ce groupe, tous les mecs sont vraiment de la crème. Leur premier album était vraiment génial, mais ils continuent de sortir un disque par an et ne jouent aucun des nouveaux morceaux! Pourtant, ils s'amusent. Je crois que c'est de la musique à un niveau complètement différent du nôtre, si tu te contentes de jouer seulement tes deux premiers albums parce que tout le monde te dit que c'est la seule chose qu'ils veulent entendre, je crois que tu te plantes en beauté. C'est une grosse connerie.

Le son de Machine est vraiment ce qui m'a scotché en premier, pourquoi avoir choisi d'avoir ce son qui rappelle celui du premier album des Clash, voir les Hives?
Aziz: Si tu regardes ce documentaire sur les Clash, c'est qu'ils disent au fond, qu'ils en étaient arrivé à un point où ils trouvaient qu'ils se plantaient, et à partir de cette observation, ils ont décidé de retourner à l'essentiel de ce qu'est la musique, de ce qu'est réellement une chanson.
Jean: Je ne suis pas du tout un fan des Clash. Aziz, Tjeerd et moi sommes pliés... Mais, c'est une influence qu'on peut ressentir. Quand on travaillait sur "Lines"(1er morceau de Machine), on trouvait que la manière dont on le jouait n'était pas suffisante, on y a mis le ta-ta- ta – dadadadada (intro)
Tjeerd: Ne lui donne pas nos secrets de fabrication rires
Jean: On pensait évidemment que la chanson serait meilleure en la jouant de cette façon. Si jamais, on ressent une influence des Clash dans nos albums, c'est dans celui-là.
Aziz: On s'est surtout rendus compte qu'une grosse partie de la musique qu'on adore est vraiment basique et en revient seulement aux choses essentielles. C'est ce qu'on a essayé de faire avec Machine, je crois vraiment qu'on a fait le meilleur boulot possible sur cet album. C'est tellement simplifié à l'extrême parfois. C'était efrayant de jouer de cette façon, surtout comme batteur. C'est le pire truc, tu entends vraiment tout ce que tu fais. On a vraiment bossé dur là-dessus. Ca a été la même chose en ce qui concerne la place du chant. J'ai plus le droit de me planter maintenant. Rires. Avant, c'était limite si on s'en branlait, il y avait tout ce mur de son...
Y'aura-t-il différentes versions du disque sur les cinq labels?
Aziz: Non, je ne pense pas. Seule la version américaine sera peut-être différente. Mike Lavella donne souvent son opinion sur les disques qu'il sort. Il a déjà dit qu'il n'aimait pas trop cette chanson. Personne ne l'aime trop d'ailleurs.
Tjeerd: C'est la plus rapide.
Aziz: La chanson de Poison Idea. Rires. C'est comme ça qu'il l'appelle. Media Control. Nos potes nous l'ont fait remarqué aussi: "Cette chanson ne devrait pas être sur le disque!!" Je suis réaliste, ce n'est pas une bonne chanson, on ne la met pas sur la disque. Aucun problème. Pour personne dans le groupe. C'est un morceau qu'on a répété et enregistré, mais on ne se sent pas le jouer live. Ce n'est pas une si mauvaise chanson.
Jean: Elle n'a pas grand chose à voir avec le reste de l'album.
Aziz: C'est ce que Mike a dit (avec un ton très passioné): "Cette chanson n'a rien à faire sur ce disque!!! Cet album est une histoire du début à la fin, et alors ce morceau, c'est du Poison Idea!!"  Il était vraiment énervé... J'aime Poison Idea, c'est un de mes groupes préférés. "Ouais, mais Media Control n'a rien à foutre sur ce disque!!!!" Ok, je suis réaliste, je comprends ce que tu veux dire, beaucoup de gens pensent la même chose... C'est marrant que d'autres personnes souhaitent que ce morceau ne figure pas sur Machine. Mais quitte à mettre moins de chansons sur le disque et améliorer par là même sa qualité, je suis tout à fait pour.
D'ailleurs comment avez-vous atteri sur Gearhead?
Aziz: On a fini sur Gearhead parce que je suis pote avec Mike Lavella depuis pas mal d'années maintenant, depuis que le magazine Gearhead # 3 est sorti, je crois. Je l'ai rencontré à San Francisco, et je suis resté en contact avec lui. Je ne pense pas lui avoir vraiment parlé de mon groupe alors, c'est possible, mais je ne crois pas. Je n'essaye pas de vendre mon groupe genre: "Ecoute mon groupe!!!!" Quelqu'un d'autre s'est interposé, un type qui bossait dans un petit bureau, dans les mêmes locaux que ceux de Franck Kosic de Men's Ruins. C'est marrant parce que je serais toujours allé voir ce type quoiqu'il arrive. On y allait, et on traînait là-bas avec Mike, on achetait des posters, des fringues pour mon magasin. J'ai filé le CD de Leaded à Franck Kosic de Men's Ruins il y avait encore plus longtemps. Je ne sais pas pourquoi mais Franck aimait ce CD...rires. Il était en train de l'écouter quand Mike traînassait dans le coin. Mike était: "Putain, c'est le groupe d'Aziz!!!!" C'était assez bizarre parce que je ne lui avais jamais donné d'album. Mais j'en avais passé un à Franck. Il lui a piqué et il est revenu me voir: "Tu aurais de nouvelles choses qui seraient intéressantes à écouter?" Il n'avait pas encore de label à l'époque, mais c'était vraiment génial de voir à quel point il s'intéressait à ce que l'on faisait. Je lui ai dit qu'on lui enverrait cette petite démo qu'on a fait avant New Recovery. Je lui ai envoyé et il m'a rappelé: "Putain!!!! j'adore ta foutue démo!!! C'est une tuerie!!! ", "J'en sais rien, ça fait en sorte que je me sente bien...." Je ne savais pas ce qui se passait. Il me racontait qu'un jour il se trouvait dans sa caisse avec cette fille qui bossait comme découvreuse de talent dans une major et cette fille lui faisait: "Ecoute ce groupe que je vais signer, je l'ai découvert il y a... " Elle a mis la cassette, Mike l'a retiré au bout de deux secondes: "Putain, c'est de la merde ton truc!!! Ecoute-moi CETTE démo!!!" Et il a mis notre démo. Rires. Tes histoires sont trop marrantes Mike. Il devait vraiment l'adorer, il était toujours: "J'ai écouté votre démo un million de fois, je continue à l'écouter, je l'adore... "A la fin, il me disait qu'il adorerait sortir ce disque. Le disque était déjà sorti en Europe parce qu'on lui avait déjà envoyé notre démo, et le temps a continué de filer.
Jean: Il connaissait pas mal de monde et on lui a demandé s'il pouvait nous aider à trouver un deal aux States. Il a accepté et il a fait tourné la démo, il l'a fait écouter à tout le monde. Il a finalement décidé qu'il sortirait lui-même le disque s'il avait un label. Depuis les choses ont évolué...
Aziz: Il a donc commencé ce label et a sorti quelques disques. Je lui ai dit qu'avec NRA, nous n'étions peut-être pas le groupe typique Gearhead, mais il me répondait: "NRA est un groupe Gearhead parce que j'adore le punk-rock, j'adore votre putain de musique, c'est cette musique que j'aime maintenant. J'adore ce putain de disque!!! Je vais le sortir. " Personne n'était interessé. Il était allé voir Lookout!, Men's Ruins et tous ces labels-là.... il a fait chier tout le monde pour qu'ils le sortent, mais au final, depuis qu'il a monté Gearhead rds, il l'a sorti lui-même.
Jean: Et maintenant, nous sommes tous riches et célèbres rires...
Aziz: A fond, à fond, à fond...
Jean: Mais, ça n'a rien à voir avec la façon dont on a signé pour Machine.
Aziz:  " Vous êtes comme les Hives, les mecs!!" Non, Mike tu ne comprends pas, j'adorerais pour toi qu'on vende autant de disques. Je m'en fous, ça n'arrivera jamais, mais c'est génial que tu sois aussi enthousisaste pour Machine. C'est ce qu'on veut, que les gens qui sortent nos disques soient très enthousiastes à leur sujet. Avec Machine, tous semblaient l'être. Non, ils ne semblaient pas l'être, ils ont tous exprimé leur fort enthousiasme pour ce disque. C'est la seule chose que nous demandons. On fonctionne de manière suivante; on paye tout nous-mêmes, on sort le disque nous-même, on paye l'enregistrement et on l'envoie aux différents labels. Ils ont tous participé un petit peu. Ca a très bien fonctionné, tout le monde est retombé sur ses pattes à l'arrivée, chacun a payé ce qu'il devait. C'est le pied de fonctionner comme ça, si tu peux faire ce disque sur tel label, et en fait on est train d'avoir un deal avec Break Heaven. C'est incroyable.
Au sujet de Virgin, vous avez finalement récupéré les droits de Leaded?
Aziz: Non, on ne les a pas récupérés. Que Virgin aille se faire foutre. On ne leur a jamais donné les droits.
Je ne sais pas parce que j'ai vu que Leaded ressortait sur Dialektik avec les 1000 premières copies de Machine alors que ce disque n'a pas été pressé depuis plus de trois ans. Donc vous avez les droits?
Jean: Nous avons les droits.
Aziz: Officiellement, nous avons les droits. Ils pourraient nous poursuivre en justice et dire qu'ils ont payé l'enregistrement, ce qui est la seule chose qu'ils ont faite. Qu'ils me poursuivent s'ils veulent. Mais, là je prendrais une bate de baseball, j'irais à leurs burreaux et je casserais tout. Tu peux m'en reparler autant de fois que tu veux, ça arrvivera s'ils me poursuivent. Tout ce qui arrivé avec Virgin, ce ne sont que des conneries. Ils savent qu'on n'a pas les moyens de se payer un avocat, donc s'ils veulent jouer aux cons avec nous, je déboulerais là-bas avec une batte de base-ball et je foutrais tous leurs bureaux en miettes. Je suis très sérieux.
Vous croyez que c'était une erreur de travailler avec eux alors?
Aziz: Ce n'était pas une erreur. L'erreur, c'est que le que le disque soit sorti trop précipatemment. D'abord, il faut que tu signes le contrat, puis que tu sortes le disque. Le disque est sorti et on n'a jamais signé de contrat. On n'a pas arrêter d'échanger des contrats, pour telle ou telle clause... Ils nous ont promis qu'on pouvait écrire notre propre contrat. Après ça, ils reviennent nous voir: "Vous n'êtes pas Michael Jackson", donc à partir de là...
Jean: Tu te retrouves sur une major parce que tu as toujours un de tes potes qui bosse là-bas. C'est ce qui s'est passé pour nous. C'est cool, il aime ce que tu fais, mais tu n'a pas conscience que ce n'est pas lui qui s'en occupe. Celui qui s'en occupe, tu ne le rencontres jamais. Il est le directeur de Virgin ou d'EMI Europe. Tu ne vois jamais ce mec, et alors les choses commencent à bouger autour de lui, les gens passent. Un beau jour, ils tombent sur NRA: "C'est quoi cette merde? Débarassez-vous de ce groupe."
Aziz: "Débarassez-vous de cette merde! Qu'ils aillent se faire foutre, ils ne sont pas Michael Jackson." S'ils veulent. Je suis allé en toucher deux mots au manager de Virgin Hollande, je lui ai dit ce que je voulais et il a accepté. Je croyais qu'ils étaient corrects. Au final, ça n'a pas marché. C'aurait pu marché s'ils avaient été honnêtes. Ce ne sont qu'une bande d'abrutis et de trous de culs. On s'est battus sérieusement pour Leaded, on n'a pas arrêté de s'échanger des lettres. Il nous envoyé un e-mail où ils disaient qu'on récupéraient les droits de Leaded le premier janvier 2000. Le résultat est que le disque n'a pas été repressé depuis trois ans. On les a là. S'ils font quoi que ce soit, j'utiliserais la violence physique parce que je ne peux pas aller en justice acec eux; on perdrait.
Jean: Je suis plutôt confiant sur le fait qu'on gagnerait.
Aziz: On n'a pas les moyens, il faut que j'en passe par la violence physique.
Jean: On n'a pas les moyens de se payer un avocat, mais on peut aller en justice. Je suis sûr qu'on gagnerait.
Aziz: On se bat les couilles de ce que ces connards racontent. Si ça leur pose un problème, qu'ils nous poursuivent, mais là j'irais chez eux et ça voudrait faire mal. Je suis très sérieux. Ca me vraiment hors de moi parce que ca fait trois ans que Leaded n'a pas été pressé. Ca me fout vraiment les boules. Tout ça parce qu'ils ne sont que des connards finis. Que notre musique n'est pas disponible. Et c'est un disque que les gens continuent de nous demander chaque putain de jour que Dieu fait.
Pourquoi avoir choisi de sortir le disque sous six pochettes différentes?
Aziz: On n'en sait rien non plus. Rires
Tjeerd: Je crois pouvoir l'expliquer. New Recovery avait déjà deux pochettes différentes, l'une pour Gearhead aux Etats-Unis et l'autre européenne. On s'est rendus compte que le coût de l'impression des pochettes était le même partout. Depuis qu'on travaille avec cinq labels différents, on a six versions différentes du disque avec le vynile qui sont chacune pressée dans les pays respectifs des labels. On s'est dits, comme ça coûte la même chose partout, pourquoi ne pas faire six pochettes différentes? On adore tous ces dessinateurs, ils pouvaient prendre cette proposition comme une faveur de notre part. On a lancé cette idée, et tous l'ont adoré parce que ces gens aiment tous travailler les uns pour les autres. "Putain, mec, c'est un projet avec nous, tous ensembles! " C'était vraiment classe.
Aziz: Ils ont tous adoré l'idée parce qu'ils sont tous les dessinateurs préférés de chacun. Tout le monde était à fond dans le projet. C'était: "Il le fait? Il le fait aussi?" ...On leur a donné 100€ chacun, ce qui n'est rien, mais c'est tout ce qu'on pouvait leur donner. Ce sont des personnes dont c'est le travail, ils vivent de ça. Ils ont immédiatement donné leur accord, ils adoraient vraiment le truc. Ils étaient vraiment tous d'accord sans aucun problème. Pour nous, c'était royal. Vous les mecs, vous êtes les meilleurs.
Tjeerd: Il faut savoir que le travail de Luuk Bode qui a fait la pochette hollandaise n'est jamais apprécié au niveau rock'n'roll. Il a toujours souhaité faire des pochettes de disques parce qu'il n'en avait encore jamais fait. On lui a demandé, et il était comme un dingue: "Putain! Une pochette!! Je rêvais de faire une pochette d'un disque de punk-rock!!" Il ne voulait pas faire celle pour Golden Hearring, parce qu'il n'a rien à foutre de cette musique. Il a vraiment été honnête de travailler pour quelque chose qu'il aimait.
Ne croyez-vous pas qu'il y a une discordance entre l'aspect lisse de vos pochettes et le son un poil crade et dur de l'abum?
Aziz: Il peut y avoir une mauvaise interprétation en effet, quand tu vois une pochette avec un dessin de comics. Les gens pensent: "Oh, t'as vu la pochette, c'est un mauvais disque... " Les gens voient un dessin de comics, et ils croient immédiatement que c'est quelque chose que tu ne peux pas prendre au sérieux. Au contraire. Je crois que tu devrais prendre ça vraiment très au sérieux. Les gens qui nous ont fait ces pochettes, ce qu'ils font est plus de l'art que de la musique. En fait, vivre de ton boulot de dessinateur est plus dur que de devenir musicien. Les cartoons sont la forme d'art la plus underground qui soit.
Jean: On ne fait pas en sorte de tomber dans la facilité. C'est très facile de placer cette musique dans telle case, de la vendre à tel type de personnes pour faire en sorte que cela puisse peut-être mieux plaire aux gens. On n'est pas là pour ça, on a un regard différent là-dessus. Tu as ces comics en pochette, c'est du grand art de BD, et si tu ouvres la pochette tu as cette photo incroyable qui n'a rien à voir avec les comics. On n'est pas là pour plaire aux gens dans le sens où ils n'ont plus à réfléchir, qu'ils n'ont plus qu'à poser leur cul...
Gwynn: On ne suit pas toutes ces règles. On s'en branle. On crée les notres. Rires.
Aziz: Exactement. On se fixe nos propres règles, c'est vrai. On ne croit pas à toutes ces règles pré-établies, comme 99% des groupes qui suivent ces règles et qui marchent en ligne.
Gwynn: Si tu prends n'importe quel disque de NRA, d'accord, c'est NRA, mais à chaque album, tu ne sais pas à quoi t'attendre, les chansons sont différentes, le son aussi est différent... C'est bien.
Aziz: Je crois que les gens essayent du mieux qu'ils peuvent de toujours suivre le pas, ils veulent faire exactement ce qui est attendu, et 99% des gens font de la merde, la plus inintéressante qui soit.
Jean: Regarde OIL, ils auraient pu se la jouer facile et continuer à jouer ces morceaux hardcore, les gens les aimeraient plus que maintenant. Le truc, c'est qu'ils n'ont plus rien à foutre de tout ça, ils font ce qu'ils font et peu leur importe la taille de leur public. Ils le font parce qu'ils croient que c'est ce qu'ils doivent faire et c'est pourquoi on aime tourner avec ce groupe. Ils ne prennent pas la route la plus facile, ils font ce qu'ils aiment, ils y mettent tout leur coeur et c'est ce que nous apprécions chez eux. A la manière des Burning Heads dans le sens où ils le font avec le coeur.
Aziz: Les Burning Heads sont des amis. Les gens nous demandent souvent si on aime tel ou tel album des Burning Heads. J'aime leurs chansons quand on part en tournée avec eux, certaines plus que d'autres. Musicalement, je n'aime pas la majorité de ce qu'ils font, mais j'adore TOUT ce qu'ils font en tant que personnes. Ca vient du coeur. Tout ce qu'ils font, c'est parce qu'ils y croient. Ils font leur propre truc. Quand on s'est rencontré la première fois avec les Burning Heads, musicalement, on faisait à peu près la même chose, on était assez proche puis on a pris chacun des directions différentes, nos propres directions et c'est génial de voir que tout ce qu'ils font, ils le font avec le coeur...
Comment s'est passé le Gearfest l'année passée?
Aziz: C'était incroyable même si personne ne nous connaissait vraiment. Il y avait deux salles et ils nous ont placé en tête d'affiche pour l'une des deux, ce qui est vraiment marrant parce qu'on n'était personne là-bas et on jouait avec tous ces groupes qui sont nos héros depuis des années, depuis 1979 ou plus loin encore. Toutes ces personnes sont vraiment nos putains de héros. On était simplement là-bas parce que quelqu'un nous adore et disait à tout le monde qu'ils devaient écouter notre musique. On est juste une bande de trous de balles, on a joué et tout le monde gueulait et dansait. C'était incroyable.
Jean: C'est marrant. Michelle qui travaille à Gearhead m'a dit, alors que c'était pour eux la première fois qu'il nous voyait: "Je m'attendais à ce que ce soit bon, mais je n'imaginais pas que ça soit à ce point!!! " C'était incroyable. C'était un groupe de personnes qui reconnaissait d'où venait notre musique parce que tous ces gens sont dans le punk et dans la musique alternative depuis plusieurs années maintenant. Ils étaient très récéptifs à ce que nous faisions. Ils devinaient nos influences, que les gens n'entendaient pas parce qu'ils n'avaient jamais entendu ces groupes auparavant, ce qui au fond n'est pas un problème. Mais toujours est-il que ce Gearfest a été une très bonne chose pour nous.
Aziz: C'était vraiment incroyable pour moi, parce que Tim Kerr des Big Boys, qui est l'un de mes musiciens préférés depuis toujours assistait à notre concert. Il a regardé tout le concert, il dansait comme un bâtard, il bougeait son derrière.... rires. C'est vraiment ridicule, il est venu nous voir après le concert, il nous a dit qu'il a adoré, qu'il voulait enregistrer un de nos albums...
Jean: C'était vraiment marrant parce qu'on en parlait quelques semaines auparavant. Avec qui nous souhaitions réellement travailler pour enregistrer nos albums. J'avais parlé de Tim Kerr parce qu'il fait vraiment de super choses. Donc, il est venu nous voir pour nous dire: "Ok les mecs, la prochaine fois que vous venez ici, vous viendrez avec moi en studio et on enregistrera quelque chose ensemble."
Aziz: Quand il jouait, il était: "Voici mes nouveaux potes de Hollande". rires C'est l'une des personnes les plus géniales que je connaisse, c'est un type dont on a écouté la musique depuis toujours, c'est l'une des personnes les plus brillantes avec lesquelles on a travailllé durant toutes ces années. Beaucoup de gens se battent pour quelque chose de stupide dans la musique, pour l'argent, la gloire et toutes ces conneries.

Ouais, c'est bien de ça dont parle la chanson Bad?
Jean: Ouais, ça parle un peu de ça. Il y a tellement qui se battent pour des choses sans intêret dans la vie.
Aziz: La gloire et la fortune sont des choses qui ne sont pas indispensables. Ca va, ça vient. Mais pour en revenir à Tim Kerr, quand tu enregistres avec quelqu'un comme lui, ton héros, je me sens vraiment genre: Putain, c'est le moment de crever. Je le jure devant Dieu. C'est tout, j'ai tout fait, j'ai tout vu, de quoi as-tu besoin de plus dans la vie quand tu as fait toutes ces choses? C'est la meilleure chose que tu puisses ressentir, rien ne peut remplacer ce sentiment. Pas l'argent, pas de foule en délire, pas de filles de 18 ans avec des gros seins....
Jean: Ah si, parfois, c'est mieux... rires
Aziz: Mais j'aime mater ça aussi, on est d'accord, comme d'autres choses rires

Que penses-tu de la manière dont le punk a évolué durant ces 14 années de NRA?
Jean: Je n'en sais rien, je ne pas un fondamentalsite punk...
Gwynn: rires Mais il peut te raconter ce que tu veux sur le blues.
Jean: J'écoute de la musique et je n'essaye pas de savoir si c'est punk ou non. Il y a pas mal de choses intéressantes à écouter en ce moment, pas mal de groupes jouent du punk intéressant, mais l'évolution du punk, je n'en sais rien. Il y a des groupes considérés comme émo que j'apprécie et à l'inverse d'autres groupes considérés aussi come émo me paraissent merdiques. Je n'ai pas de grosses réflexion sur le sujet. Ce qui est intéressant, c'est de voir des groupes apparaître avec de nouvelles idées, et de les voir travailler ces idées. Je ne nous considère pas comme punks tout le temps dans le sens où notre manière d'écrire des pop songs est toujours très traditionnelle. On n'a pas révolutionné la musique, on joue au fond des choses assez basiques.Ce qu'on fait est assez traditionnel.

Les gens doivent-ils s'attendre à un nouvel album après Machine?
Jean: Je ne sais pas ce qui va se passer. Je travaille sur d'autres morceaux pour NRA. Je continuerais encore sûrement pendant longtemps. Quand on a fait New Recovery, je croyais vraiment que ça allait être un nouveau Leaded. Mais, ça n'a rien eu à voir avec Leaded, c'est un disque complètement différent. A chaque nouvel album, on franchit quelques paliers, il y a quelques changements, tu as de nouvelles influences, et ça te fait écrire de nouvelles chansons. Mais je n'ai pas une grosse idée en ce qui concerne l'avenir. On verra ce qui se passera.

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