Interview faite le 9 novembre 2001 à Bourg-en-Bresse
C : Feaver, ce n’était pas trop dur d’apprendre les chansons de Pepijn (ancien batteur) ?
Feaver(batterie) : Si, au début, ça l’était parce qu’il a quelques tours de main. Mais quand j’ai eu ces choses sous contrôle, j’ai pu jouer la plupart des chansons. Certaines sont très difficiles pour moi alors que pour d’autres, c’est la même manière de jouer que la mienne. C’est bien, ça étend mes possibilités en tant que batteur. J'en ai quand même appris une soixantaine. Mais, ça va. Je ne sais pas ce que les autres pensent de moi, mais je crois que ça va.
C : Donc, les autres, qu’est-ce que vous pensez de Feaver ?
Eclat de rires général,
Aziz est sous la table et montre Feaver en disant : FUCK HIM !
Jean (guitare) : Je
pense que c’est toujours difficile parce que Pepijn avait un certain feeling.
Chaque musicien ressent les choses de manière différente, mais
je crois que les chansons ne s’en ressentent pas trop. Les gens reconnaissent
toujours NRA ! (rires)
Aziz (chanteur) : On
a bossé 10 bonnes années avec Pepijn. Là, il y beaucoup
de bruit, et Aziz nous parle du départ de Pepijn et comment il a commencé
à jouer avec NRA.
Je veux dire que Pepijn a vraiment appris à jouer avec nous quatre. Il
jouait vraiment de la batterie et il avait vraiment un style bizarre qu’il a
développé dans ce même groupe avec nous quatre depuis dix
ans.
C :
NRA a vraiment créé son propre son. Chaque album sonne différemment
mais on reconnaît toujours NRA. Comment l’expliquez-vous ?
J :
Nous ne sommes pas de bons musiciens. Donc, chaque disque est le reflet du maximum
qu’il nous est possible de faire à un moment donné. Il y a peut-être
aussi une période de deux ou trois ans entre l’écriture de chaque
album, période pendant laquelle ça bouge un petit peu, tu as d’autres
influences et donc les chansons changent entre chaque album. Nous apprenons
aussi à jouer un petit peu mieux entre chaque album. Mais, comme nous
restons au fond les mêmes personnes, ça sonne toujours comme des
morceaux typiques de NRA. La voix d’Aziz est aussi typique de notre musique.
F :
C’est la même chose en ce qui me concerne. Je ne suis pas qu’un seul chemin
à la fois. NRA existe depuis douze ans, tu te dois de suivre une autre
route pour que ça ne devienne pas ennuyeux. Tu veux faire développer
le son.
C :
New Recovery est plus rock que vos précédents albums. C’est quelque
chose que vous avez voulu ou alors quand vous avez écouté les
chansons après les avoir enregistrés, vous vous êtes dits : « Oh !
Merde ! Qu’est-ce qu’on a foutu ? »
Eclat
de rires général
A :
Ouais, c’est exactement ça. Qu’est-ce qu’on a foutu ?
F :
(en
français)
Merde !(rires)
J :
(En
prenant une voix pleurante et sa tête à deux mains) Qu’est-ce
qu’on a écrit?
A :
Je pense que New
Recovery est
le disque le plus bizarre que nous ayons écrit parce que quand nous l’avons
enregistré, je me souviens que c’était très long et ennuyeux
pour le groupe, parce que tout le monde dans le groupe et surtout Pepijn disait : « Je
ne vois pas où vont ces chansons, je ne sais pas sur quoi elles sont. »
Parce que lorsque tu écris des chansons, tu ne sais pas ce qu’elles donneront
une fois terminées. On répétait, on répétait
et Jean insistait énormément sur des trucs du genre : « Cette
partie est cruciale, c’est vraiment crucial qu’on la joue de cette manière. »
Tout le monde devenait fou… mais au fond, c’est toujours pareil maintenant !
(rires)
J :
Je pense que le fait est que les chansons sont devenues plus simples. Quand
on était plus jeunes, on aimait les changements rapides d’accords, on
était un bout du manche, on revenait vers l’autre, ça parfois
plusieurs fois en 10 secondes. Il y avait beaucoup de changements d’accords.
Maintenant, on a des parties qui durent peut-être 30 secondes ou même
une minute et qui sont comme : Dadada…(Inward,
10è morceau de Leaded).
On doit donc se mettre dans ce groove, et c’est difficile à jouer si
tu ne l’as pas fait avant. On doit apprendre comment jouer cela. Ca a pris pas
mal de temps lorsque nous avons enregistré New
Recovery,
et nos chansons sont encore très simples mais dans un sens difficile
à jouer.
F :
Pour moi New
Recovery
était très bizarre. Parce que Jean m’a appelé pour me demander : « tu
veux jouer avec NRA ? » J’ai écouté les vieux
disques toute la nuit et j’ai dit à mon colocataire : « Putain !
Je ne peux pas jouer ça ! » Mon pote me disait : « Arrête
de raconter des conneries ! T’as qu’à dire que tu peux !»(rires)
Gwynn m’a alors donné la cassette de New
Recovery, je
l’ai écouté et je me disais que c’était plus mon style.
Mais je me demandais mais ce que c’était que ces chansons, c’était
si bizarre. J’ai écouté ces chansons encore et encore et après
une dizaine de fois, je me disais : « Putain! Je veux jouer
ça ! ». C’était donc vraiment pour moi le disque
le plus bizarre, et que je pouvais jouer mieux que les autres.
A :
La seule chose que je voudrais dire, c’est que Pepijn était vraiment
contre ce que nous faisions. Il disait : « Je ne vois vers quoi
ça se dirige ! » Une fois que nous l’avions enregistré,
il comprenait alors pourquoi c’était important de se concentrer sur des
petits trucs. Mais il n’aurait pas fait la même chose pour le prochain
disque. Aujourd’hui, nous sommes tous très critiques envers nous-mêmes,
nous continuons à changer des parties dans les chansons, à nous
concentrer sur des petites choses. Tout cela semblait hors de proportions parce
que tu te concentres seulement sur des petites choses stupides. Pepijn a ensuite
écouté New
Recovery,
il a dit : OK. Maintenant, il comprend.
J :
Je pense que l’une des raisons type qui fait que les gens disent : « C’est
un disque type de NRA » est que nous saisissons toujours beaucoup
d’énergie dans la manière dont nous jouons. Si je compare à
d’autres disques, ils ont un super son, un message, etc, mais ils n’ont pas
d’énergie. Nous avons beaucoup d’énergie même si nous ne
jouons parfois pas si bien que ça. Nos disques sont toujours très
énergiques. C’est important. Nous devons choper deux choses à
la fois. Nous devons apprendre à jouer les chansons et nous devons capturer
l’énergie, ce qui est difficile. C’est toujours difficile. Un disque
type de NRA est toujours très énergique.
C :
Vous avez dit que vous ne voyiez pas où les chansons se dirigeaient pour
New
Recovery,
mais je pensais que votre manière d’écrire des chansons était
devenue plus instinctive avec les années ?
J :
Cela a toujours été très instinctif, mais c’est très
difficile de juger si tu écris une chanson. Parfois, lorsque j’écris
des morceaux, je me dis qu’ils sont mauvais, mais en studio, je me dis : « Ouais !
C’est ma chanson préférée ! » D’autres
fois, c’est le contraire, je crois que c’est une très bonne chanson mais
d’autres personnes l’écoutent et me disent : « Ouais,
c’est pas mal, mais il n’y a pas de quoi fouetter un chat. ». On
n’y connaît pas grand chose en musique, donc on y va à l’intuition.
Et c’est dur de juger ton intuition si tu ne t’y connais pas trop en musique.
Pour New
Recovery, il
y a des chansons qui datent de 4 ans, que j’ai écartés parce que
je ne les aimais pas. Mais elles revenaient soudainement sonner dans ma tête.
Je les ai réécoutées il y a deux ou trois ans et c’était
vraiment de bonnes chansons. Nous les avons oubliées. C’est très
difficile de juger.
F :
Ca arrive aussi lorsque nous enregistrons des morceaux dans la salle de répet’,
des morceaux que je trouve vraiment brillants. Et lorsque je les fais écouter
à quelques-uns de mes potes, ils pensent le contraire. C’est bizarre…
C :
Par rapport à vos paroles, il n’y a pas vraiment de message. Aziz, tu
dis que des messages dans les paroles sont stupides…
A :
Voilà ce que je voulais dire. Chacun devrait ressentir soi-même
les paroles d’un groupe. Je ne veux jamais savoir sur quoi portent les paroles
d’un groupe que j’écoute. C’est très personnel. J’aime bien chanter
sur un disque que j’écoute, c’est du genre : « Oh,
c’est trop cool ! , comme ça sonne, etc… » Tout
ce que ça m’apporte au niveau des émotions. Je trouve ça
vraiment cool. Quelque fois, il y a des gens qui viennent et qui me disent : « Tu
ne chantes pas ! » C’est vraiment très décevant
pour moi. Ce n’est pas la peine de me le dire, je ne veux pas le savoir. Je
pense que les paroles sont très importantes mais moins que la manière
dont les gens les reçoivent. Pour moi, c’est plus pour chanter. Il m’arrive
de chanter les paroles d’autres personnes comme sur quelques chansons des vieux
albums parce que ce n’est pas moi qui écrit toutes les paroles. Jean
les écrit aussi. Plus que tu ne crois. Je dois faire à ma guise
avec les paroles d’autres personnes. Si tu n’y arrives pas, c’est très
difficile. Je pense que la plupart des chanteurs veulent écrire leurs
paroles eux-mêmes. Ils ont quelque chose d’important à dire ou
Dieu sait quoi…
J :
C’est comme pour la plupart des chansons sur Leaded. Je crois
qu’au fond les paroles ne sont que des mots pour qu’une chanson sonne. Mais
certaines paroles signifient vraiment quelque chose. Sur Leaded par exemple,
beaucoup de paroles ne sont que des mots pour que les chansons sonnent. Une
chanson comme Bunk, si quelqu’un
peut me dire de quoi ça parle, parce que c’est l’exemple type que ce
ne sont que des mots pour que la musique sonne.
C :
C’est vrai que plutôt difficile de trouver des histoires dans vos paroles…
J :
Ouais, mais ce n’est pas si important que ça. Peut-être que pour
beaucoup les paroles sont importantes, mais le plus important, c’est que la
musique sonne. Après, il peut y avoir une histoire ou autre chose avec
les paroles. Mais la chose la plus importante, c’est que ça sonne.
A :
Absolument. C’est aussi la manière dont je chante. C’est simplement des
choses du genre : « Whaouh ! Ces paroles dégagent
tellement d’intensité et d’énergie. Elles sont tellement dansantes ! »
Simplement pour que la musique sonne. Après, c’est sûr qu’il peut
y voir un sens ou autre chose dans les paroles. C’est même mieux.
C :
C’est pour ça que vous avez fait la reprise « In a free land »
de Hüsker Dü, parce que cette chanson sonne très bien ou pour
le message ?
A :
Je ne me souviens plus…
G :
On nous a demandé de participer à un disque(Hüsker Dü
covers sur Snoop records),
alors on a fait cette chanson. Ca sonnait tellement bien quand on l’a enregistré.
La plupart du temps, on ne fait pas de reprises ou alors il y a longtemps…
C :
J’ai entendu dire qu’il devait y avoir des reprises de X et de The
Saints
sur votre prochain album.
A :
Je ne sais pas si elles seront sur le prochain album, je ne crois pas.
J :
Non. C’est sympa à jouer en concert, mais ce n’est pas une des choses
les plus intéressantes à enregistrer.
C :
Vous les avez faites pour faire redécouvrir ces groupes ?
A :
Je pense qu’on fera peut-être un disque live, et on pourrait finalement
y mettre ces chansons pour que d’autres personnes s’intéressent à
cette musique.
F :
Nous ne les jouerons jamais aussi bien que les originales.
A :
Donc, ça craint !
F :
C’est du punk pour toi-même ! Qui va écouter ça ?
(rires)
A :
Ca pourrait être bien…
C :
Pensez-vous que vous que vous auriez écrit Sex sells si vous
viviez ailleurs qu’à Amsterdam ?
F :
Je ne l’ai pas écrite mais je pense que oui...
A :
Je pense que c’est une des chansons qui est dénuée de sens. Je
ne sais pas comment c’est venu.
F :
Non, pour moi, elle signifie
vraiment quelque chose…
A :
C’est juste quelque chose que je dois avouer. Je revenais d’une semaine de vacances.
Je propose d’habitude la plupart des paroles…
J :
Nous enregistrons après le disque ! (rires)
A :
En fait, ils avaient déjà enregistré la chanson au studio,
et donc, je revenais de vacances, je me suis pointé au studio tout de
suite après être descendu du train, et sur la route, j’ai écrit
les paroles de Sex
sells.
Je suis arrivé au studio, j’ai chanté et j’ai mixé les
paroles. Je ne sais pas comment le dire. Mais le refrain en question n’a rien
à voir avec la ville d’Amsterdam ! (mort de rires)
F :
C’est grâce à cette chanson que c’est devenu mon groupe préféré !
C’était bien essayé pour en faire une autre ! (rires)
A :
C’est presque comme le groupe Agent
Orange
avec la chanson Bloodstains. Ils ont
écrit la chanson entière en allant au studio, ils l’ont enregistrée
une fois arrivée, et c’est un de leur meilleurs morceaux. C’est l’une
des meilleures chansons jamais écrites. C’est vraiment une chanson stupéfiante.
C :
C’en est où les problèmes de droits avec Leaded ?
J :
Ce n’est pas une situation claire. Nous n’avons donné les droits à
personne. Donc Virgin n’a pas les droits, mais ils nous ont payé l’enregistrement,
donc c’est compliqué. Mais, légalement, nous possédons
toujours les droits parce que nous ne les avons jamais donnés à
personne. Nous n’avons jamais signé aucun papier.
C :
J’ai reçu le nouveau catalogue sugar&spice
aujourd’hui, et Leaded n’est plus disponible en CD.
A :
Non, il a été retiré il y a deux ans, le premier janvier
2000. Ils nous ont dit qu’ils récupéraient les droits le 1er janvier 2000.
Ils ont retiré le disque en janvier 2000, mais ils ne nous ont pas donné
les droits. On leur a demandé, mais ils nous ont répondu qu’ils
gardaient le disque. Je pense que je vais aller là-bas physiquement,
monter voir leur manager pour lui souffler dans les bronches. « Tu
te souviens de ce qu’on avait dit ! Maintenant que c’est arrivé,
regarde-toi sourire comme un con ! »Je ne sais pas quoi faire
d’autre. Je ne peux pas les poursuivre en justice, c’est des conneries. Mais
rendre le travail d’un artiste indisponible, c’est le contraire de ce que devrait
être le boulot d’une maison de disques. Je ne peux rien en attendre, c’est
vraiment mais alors vraiment putain de trop ridicule.
J :
Beaucoup de majors font comme ça. Ils te mettent dans leurs anciens enregistrements,
ils espèrent qu’une fois nous aurons un disque qui se vendra par millions,
et alors ils débarquent juste pour faire de l’argent. Je dis ça
parce que nous n’avons rien touché sur ce disque.
C :
Vous espérez toujours le sortir sur Dialektik ?
A :
Si nous récupérons les droits, je pense que ça va arriver,
ouais.
C :
Dans la chanson New
Recovery,
tu dis : « My days as a punk ain’t over yet, the scene that
I never was a part of » (Mes jours en tant que punk ne sont
pas encore finis, la scène dont je n’ai jamais fait parti) Qu’est-ce
qui te gêne avec la scène punk ?
A :
Je pense qu’une scène, le mot scène, ça ne veut rien dire,
c’est des conneries. Je pense que toutes les scènes doivent mourir. Parce
qu’il s’agit juste d’un groupe de personnes qui prétendent avoir les
mêmes croyances ou les mêmes
idées. Ce sont tous ces gens qui prétendent qu’il y a une
scène. De toute façon, c’est des conneries. Je pense qu’il n’y
jamais eu de scène parce qu’aujourd’hui, quand je regarde en arrière
et quand je vois combien de gens criaient contre la scène et disaient : « Ce
sont des punks, ils ne sont personne » et ils parlaient toujours
de la scène et de la scène. C’est pourquoi je pense que toutes
les gens qui parlent de la scène punk et de la scène en général
sont des connards. C’est aussi pour ça que je chante : « Who’s
your new messiah ? who do you gonna look up to now ? who do you gonna
scapegoat ? »(qui est ton nouveau messie ?, Qui vas-tu
admirer maintenant ? De qui va-tu faire un bouc-émissaire ?)
Qui va-tu piétiner d’après ce que tu entends de la scène ?
F :
Je pense qu’Aziz est quelqu’un de très sain ! (jeu de mots en anglais
entre sane et scene)(rires)
A :
Pour moi, c’est quelque chose que j’avais besoin de dire.
C :
Donc la guérison (recovery en anglais) s’est bien passé ?
A :
Ouais, exactement. Pour moi, c’était quelque chose que je devais évacuer.
Je ne suis pas comme ça d’habitude avec les paroles comme j’ai dit tout
à l’heure. Mais parfois, j’ai besoin de dire des choses. Cette chanson
est très importante pour moi.
C :
Vous avez demandé à Jay Robbins des Burning Airlines pour produire
New
Recovery.
Pourquoi ce n’est pas arrivé ?
J :
Il travaillait sur un autre disque.
G :
Ouais, celui de Discount.
J :
Tout à fait, et il n’a simplement pas trouvé le temps de produire
et mixer le disque. Il a aussi écouté Leaded. Il a pensé
que nous n’avions pas vraiment besoin de lui.
C :
Je crois qu’il aime New
Recovery…
J :
Il aime beaucoup New
Recovery.
Il n’aimait pas Leaded plus que
ça, mais il adore New
Recovery.
La dernière fois que je lui ai parlé, il m’a dit qu’il espérait
peut-être faire quelque chose sur le nouveau disque ou pourquoi pas en
enregistrer un ensemble. Mais il aime New
Recovery.
Donc, c’est cool ! (rires)
C :
J’ai discuté avec un des guitaristes de Oil hier, et il me disait que
NRA était une sorte de père pour la scène punk en Hollande.
Vous êtes d’accord avec ça ?
(Eclat de rires général)
J :
Il déconnait ! (rires)
A :
Je crois que pour les types qui jouent dans Oil, c’est parce
qu’un de leurs premiers concerts punk en Hollande, c’était NRA.
C :
C’est exactement ce qu’il m’a dit…
A :
Ouais, la plupart des gars dans Oil sont des punks plus jeunes que nous. Ils
nous disent que c’est un de leurs premiers concerts punk. Quand on y repense,
il y avait peut-être les Crivits, mais vraiment au début, il n’y
avait pas de punk mélodique. Il y avait plus de choses comme le straight-edge.
Personne ne jouait du punk mélodique. S’il y avait un groupe qui jouait,
habituellement c’était nous…
J :
Green day…
A :
Tous les groupes comme Vegan, NOFX..
J :
et il y avait certainement une scène à laquelle nous n’avons jamais
appartenu comme celle du punk mélodique. Je crois que c’est aussi parce
que nous écoutons de nouveaux groupes, et comme nous les aimons, nous
essayons de les aider autant que possible. On les fait ouvrir pour nous. Parfois,
il y a des gens qui commencent un groupe en se disant que NRA est un groupe
qui vend beaucoup de disques, que les types sont riches, qu’ils n’ont pas besoin
d’un autre travail.
F :
Qu’ils ne vont pas bosser…
J :
Ca arrive que les choses soient différentes que ce que les gens croient.
En fait, ils parlent sans rien savoir.
A :
En fait, je vais te dire la meilleure que je n’ai jamais entendu. J’ai entendu
dire que le chanteur de NRA a ouvert un magasin parce que son groupe foirait.
Il n’a jamais réussi à jouer du punk-rock donc il vend du punk-rock
dans son magasin. C’est vraiment la meilleure que je n’ai jamais entendu. C’est
incroyable. Comme les gens sont stupides…
J :
La dernière chose que j’aimerais dire sur Oil, c’est que
nous les aimons beaucoup, on essaye donc autant que possible de les faire jouer.
On espère qu’on pourra emmener Oil en tournée
en Europe avec nous pour la sotie du nouvel album. J’ai mixé leur album.
Si tu aimes un groupe, que tu as en commun la même dépendance à
la bonne musique, que tu n’as rien à foutre d’être riche et d’avoir
beaucoup d’argent, il faut s’entraider. Ils n’ont rien à foutre de tout
le côté fric, ils veulent juste jouer.
A :
Comme les Burning Heads…
Du
coup, on en vient à parler de Dive, et d’une
mauvaise traduction dans rock sound ;
et aussi d’Opposite
A :
« Handcuffed like a criminal », après je ne me
souviens plus des paroles.
F :
Je n’aime pas trop quand des punks jouent du reggae. J’aime la musique de black,
mais c’est mieux lorsqu’elle est jouée par des blacks parce qu’ils ont
le feeling. Mais ces types sont très crédibles et j’aime la plupart
des paroles des morceaux reggae. Mais ce que font les Burning n’est pas mal
du tout. C’est du bon reggae pour des punks.
C :
Aziz, tu peux nous parler de ton label ?
A :
Records Witch ne devrait plus évoluer sauf pour sortir quelques trucs
faits avec des potes. En fait, quand j’ai commencé le magasin, ça
m’a donné en quelque sorte des disques à vendre. En même
temps que ces disques m’ont permis de monter le magasin, il y avait un retour
d’argent par rapport à ce que j’ai investi dans le label les premières
années. On a sorti des trucs de potes comme Seein’ Red ou Human Alert.
Mais au départ, c’était pour monter le magasin. Je ne souhaite
pas posséder un label plus que ça.
C :
Jean, tu peux nous parler de ton projet solo, Copymaster ?
J :
Ce n’est pas vraiment un projet. Ce sont juste de vieilles chansons que j’ai
enregistrées après les avoir écrites à la maison.
Je les ai enregistrés pour les écouter, et une fois il y avait
ces types de Rotterdam qui ont un label et que nous connaissons très
bien, et ils m’avaient demandé, comme ils ont entendu parler des chansons
que…
A :
Ils ont entendu les chansons, parce qu’ils étaient chez moi. J’étais
bourré et au milieu de la nuit et Jean me disait : « Ecoute
ça ! » et j’ai passé les chansons que Jean a écrites…
J :
On a fini par en faire un 7’’, et à cause du 7’’, j’ai commencé
à jouer ces titres en concert. J’ai fait quelques concerts mais ce n’est
pas vraiment un projet parce que je n’y prends pas trop au sérieux. Je
ne veux pas sortir d’autres disques, mais j’ai au moins un nom d’artiste. Je
crois que je vais mettre tout ce qui a été enregistré sur
Internet pour que les gens viennent écouter gratuitement ce que j’ai
fait, parce que j’ai seulement quelque chose comme 3 fans…
Aziz
est sous la table, il s’est marré au moins 30 secondes
A :
Trois types qui n’ont rien de mieux à foutre ! (rires)
C :
Pensez-vous que l’on peut comparer la scène punk en Hollande et en France ?
F :
Non, il n’y a pas un pays où tu peux comparer la scène punk.
J :
Je ne pense même pas qu’il y a une scène punk en Hollande. Il y
a peut-être beaucoup de choses qui se passent. Nous n’entretenons aucun
rapport avec les groupes considérés comme punk en Hollande. On
ne joue pas avec eux comme nous ne les apprécions pas non plus. On ne
s’intéresse pas à ce qu’ils font et eux ne s’intéressent
pas non plus à ce que nous faisons. Il n’y a rien que l’on puisse appeler
une scène. En France, nous connaissons beaucoup de gens dans la scène,
comme à Rennes avec les Mass Murderers et les Tagada Jones. C’est assez
différent des Burning Heads. On connaît beaucoup de gens, mais
on n’a pas l’impression qu’il y a une grosse scène. Ce sont juste des
gens qui font leur truc.
F :
Si tu vas à Madrid ou Barcelone, les gens écoutent d’autres sortes
de musiques. Chaque partie de l’Europe a son propre truc, et dans ces coins,
dans ces pays, les gens disent. « C’est plus mon goût,
j’aime mieux ça que ce qui se passe ailleurs » C’est pourquoi
je pense qu’il n’y a pas de scènes s’il y une scène. Ne parle
pas d’une scène dans ma ville(Rotterdam). Il y a 80% de poseurs et le
reste jouent dans des groupes. Il n’y a vraiment pas de quoi être fier.
(rires) Je pense que ça pourrait bien être la même chose
partout.
J :
Il y a beaucoup de groupes qui sont dans la scène punk aujourd’hui ou
il y a 4 ans, juste parce que le punk était populaire et maintenant ils
jouent autre chose…
F :
C’est comme ces types qui commencent des groupes parce qu’ils pensent qu’ils
peuvent faire du blé. Et c’est comme ça que NRA a commencé !
(rires) Mais, ce que je veux dire, c’est que ces types sont sérieux.
Ils pensent devenir riches, avoir les filles les plus chaudes…
A
ce moment-là, Jean, Feaver et Gwynn partent faire les balances.
A : Je pense que c’est
comme Gwynn qui a commencé à jouer dans des groupes punks vers
1981 ou 1982. il devait avoir 15 ou 16 ans. Il a toujours joué dans un
groupe depuis. Il devait jouer dans un groupe de hardcore très rapide.
Ce genre de groupes qui marchent de nouveau pas mal. Ces personnes croient que
cela a été inventé aujourd’hui mais le trash hardcore existe
depuis le début des années 80.(Vous
n’avez qu’à écouter par ex.« Landspeed record »
de Hüsker
Dü,
si vous voulez vous faire une idée de ce qu’était le début
du hardcore aux débuts des années 80). Par exemple un groupe comme
Lärm qui vient de la même ville que Gwynn.
C : T’es d’accord
avec Feaver qui m’a dit que le punk n’était plus dangereux ?
A : Je crois que ça
l'est. Le punk est une sorte de sous-culture, et aussi une contre-culture. Le
mot punk ne peut pas être défini. Tout le monde veut donner sa
propre définition du mot punk. « Je pense que le punk est
ceci ! Tu devrais avoir ceci et laisser ça de côté ! »
C’est quelque chose de très personnel. Je crois que c’est l’un des seuls
styles musical qui est comme ça. Mais le jazz, c’est aussi de la musique
punk. C’était très dangereux. Ces gens devaient presque se battre
chaque nuit.[...] Ces gens devaient se battre pour leur musique. Le punk aussi
mais plus maintenant. Bien sûr, nous ressentons ça aussi en ce
moment, nous avons de la reconnaissance, etc. C’est aussi plus pratique que
ça ne l’était avant, avec les CD, etc. Je crois que le punk, originellement,
était quelque chose fait pour faire réfléchir et choquer
les gens. Et le punk a toujours cet élément.